mercredi 31 juillet 2013

Procès Manning : quel devenir pour les lanceurs d’alerte ?

On a appris hier soir que Bradley Manning n’était pas finalement reconnu coupable de « collusion avec l’ennemi » mais qu’il risquait malgré tout 136 années de prison, eu égard aux 22 chefs d’accusation portés contre lui. Ce n’est guère une surprise car le principal chef d’accusation supposait que la preuve soit apportée comme quoi Manning avait agi afin de fournir à des organisations terroristes les documents volés. Il s’agissait surtout d’une tentative d’intimidation des autorités américaines pour freiner l’élan d’éventuels futurs lanceurs d’alerte, l’accusation de « collusion avec l’ennemi » pouvant conduire à la prison à perpétuité. 
C’est donc un verdict qui risque fort de ne satisfaire personne : les détracteurs de Manning qui voient en lui un « traître » vont dénoncer le manque de fermeté de l’appareil judiciaire, tandis que les partisans de l’ancien militaire y voient pour ainsi dire un « martyr ». 

Dès l’annonce du verdict, Wikileaks a réagi en qualifiant Manning de « source journalistique la plus importante que le monde ait jamais eue » et soulignant son « héroïsme incontestable ». D’un point de vue rationnel, il est difficile de partager entièrement le point de vue de Wikileaks : lorsqu’on regarde dans le détail les informations transmises par Manning, une infime minorité est d’un intérêt certain. Pour ce qui est de son héroïsme, rappelons simplement que s’il a été découvert, c’est parce qu’il s’est vanté de son action auprès d’un hacker dénommé Adrian Lamo qui l’a dénoncé par la suite aux autorités. Certes, il lui a fallu du courage pour décider d’entreprendre son opération, mais force est de constater qu’il a été aussi très inconscient et imprudent par la suite. 

C’est lors de son affection en Irak en 2009 en tant qu’analyste du renseignement que Manning commence à collecter des informations, pour certaines de manière illégale. Jusqu’à son arrestation en mai 2010, il aura transmis plus de 250 000 câbles diplomatiques américains (publiés en novembre 2011), des rapports sur les guerres en Afghanistan et en Irak, etc… Beaucoup de ces documents ne faisaient que confirmer ce que l’on savait déjà de ces guerres. Seule exception : la diffusion d’une vidéo le 5 avril 2010 montrant une bavure des forces américaines en Irak contre des civils désarmés. Cette révélation démontre l’utilité et le courage de Manning, mais en la noyant parmi des milliers de documents, elle a perdu de son importance stratégique, les médias se focalisant sur les petites anecdotes de telle ou telle ambassade, reléguant au second plan un acte pourtant hautement condamnable… 
S’il s’était borné à ce scandale, il aurait pu en effet aspirer à cette image de héros ; mais en enfreignant les règles, en cherchant quoiqu’on en dise une certaine reconnaissance via des révélations massives, son rôle devient très ambigu, même si Manning se borne à répéter que son objectif était de provoquer un « débat public » sur la politique étrangère des Etats-Unis. Force est de constater que c’est un échec puisque l’attention se porte sur lui, sur son rôle, et beaucoup moins sur les erreurs des forces politiques et armées américaines. 

En le détenant dans des conditions inhumaines pendant des mois (jusqu’à son transfert en avril 2011), les autorités américaines se sont fourvoyées, permettant aux partisans de Manning de dénoncer les excès du pouvoir américain. Celui-ci tente désormais de rectifier le tir au sujet des lanceurs d’alerte, assurant que la peine de mort ne serait plus requise contre les nouveaux lanceurs d’alerte (dont Snowden), mais il ne saurait pour autant faire preuve de trop d’indulgence car en fin de compte, il y a quand même délit de la part de Manning. 
Il n’y a pas de « bonne » voie de sortie pour les Etats-Unis dans cette affaire ; dans tous les cas, il y aura des retombées négatives. Même s’il y a une effervescence avec le procès, avec des soutiens qui se manifestent fortement dans les médias, on peut parier que l’on n’entendra plus beaucoup parler de l’ancien analyste d’ici quelques mois. Une peine proportionnée, et non pas exemplaire comme certains le souhaiteraient, doit être appliquée, dans le cadre de la loi. 

L’affaire Snowden, qui peut s’apprécier en miroir de l’affaire Manning, démontre en tout cas qu’il y a une place pour les lanceurs d’alerte, que leur action consiste en un renoncement à leur vie pour montrer à tous un fait qu’ils jugent indispensable à un meilleur fonctionnement des institutions. Même si Edward Snowden connaît beaucoup de difficultés depuis son départ pour Hong-Kong, force est de constater qu’il est aujourd’hui en sécurité. En s’assurant au préalable, et dans la mesure du possible, de sa propre sécurité, il s’est donné les moyens de parvenir au terme de sa mission. 

Même si les Etats-Unis sont hautement critiquables pour plusieurs raisons concernant l’affaire Manning, il ne faudrait pas penser pour autant que les autres puissances seraient plus disposées à protéger et à accueillir des lanceurs d’alerte de leur propre nationalité. Quand on voit les réactions européennes aux demandes d’asile de Snowden, alors qu’il leur a rendu un immense service en révélant le programme d’écoutes américain, on est en droit de se dire qu’en fin de compte, les lanceurs d’alerte ne sont que des pions d’un vaste échiquier, utilisé par des puissances pour un temps, avant d’être abandonnés quand considérés comme trop gênants. 
Les lanceurs d’alerte sont pourtant un espoir car ils démontrent que des informations, même cachées et protégées, peuvent toujours potentiellement être révélées, ce qui peut à la fois être salutaire ou néfaste pour le débat public. 

Tribune publiée initialement pour le Nouvel Observateur (Le Plus) le 31 juillet 2013 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/915323-wikileaks-manning-risque-136-ans-de-prison-un-verdict-ou-tout-le-monde-y-perd.html)

lundi 22 juillet 2013

PRISM... e ora?

Alcuni ci hanno visto lo scandalo del secolo, altri la più grande rivelazione in materia di spionaggio della storia, altri ancora infine prevedono per Edward Snowden il titolo della personalità dell'anno del celebre giornale americano Time ! E tuttavia, non si puo' evitare di pensare che tutto questo affare rischi di non creare affatto la rivoluzione cyber-geopolitica alla quale molti hanno creduto. Si potrebbe perfino scommettere che nulla cambierà in fin dei conti, et che al di là delle proteste formali dei responsabili politici, delle associazioni d'internauti e dei medias, la situazione resterà sostanzialmente identica. Prism, un non-avvenimento ? Certamente no, ma le sue conseguenze sono state sicuramente sopravvalutate. 

Tutto comincia a maggio dell'anno scorso con quello che viene chiamato ormai un « whistleblower »  Edward Snowden, ex della CIA e poi impiegato in una società che lavorava con la NSA, che dà accesso al mondo intero, attraverso un giornalista del quotidiano britannico The Guardian, a dei documenti confidenziali che spiegano molto dettagliatamente il sistema di intercettazioni della NSA. Lo scandalo è doppio: i servizi segreti americani sono accusati di spiare da molti anni  l'insieme dei cittadini americani attraverso delle intercettazioni a grande scala, con la complicità dei giganti delle telecomunicazioni, ma in più essi si dedicano allo spionaggio massiccio di cittadini non americani utilizzando come cavallo di Troia delle società come Google, Facebook, Microsoft che hanno un'influenza planetaria.  

Le rivelazioni fanno chiaramente l'effetto di una bomba, tanto più che, il caso ha voluto che a livello di calendario, uscissero proprio nel momento in cui il presidente Obama stava discutendo con il suo omologo chinese per cercare di calmare il clima tra le due super potenze in materia di spionaggio informatico. 

Con Snowden, è l'intera potenza degli Stati Uniti che viene scossa sul momento: il discorso moralizzatore americano, che difende la libertà nel cyberspazio e il rispetto dei diritti di ogni internauta, e critica fortemente la Cina, la Russia e l'Iran, accusati di pratiche liberticide sulla Rete, tutto questo corpus dottrinale perde la sua coerenza e diviene perfino risibile...
E' cosi' che la Cina prende un beffardo piacere a riprendere l'argomentario americano per meglio rivolgerlo contro l'amministrazione Obama. Si assiste cosi' ad una situazione paradossale, dove è la Cina che fa la morale agli americani e che diviene l'apostolo della difesa degli « whistleblower ». Rifugiato ad Hong-Kong, Snowden fugge rapidamente a Mosca per evitare una eventuale estradizione negli Stati-Uniti dove sarebbe giudicato e senza alcun dubbio condannato ad una pesante pena di prigione.  

L'amministazione Obama, invece di calmare le acque al fine di minimizzare il disastro in corso, ovvero che anche se possiede il sistema di spionaggio più perfezionato al mondo, un semplice impiegato è riuscito a indebolirlo con una facilità sconcertante, va al contrario giocare la carta della fermezza, minacciando tutti i paesi suscettibili di accogliere Snowden di rappresaglie diplomatiche ed economiche.

Vediamo cosi' un blocco di paesi sud americani (Equador, Bolivia...) costituirsi ed approfittare del caso Snowden per fare sentire la propria voce, mostrando la loro volontà di accordare l'esilio al « whistleblower ». 
L'Unione Europea, dal canto suo non regala alcuna sopresa e mostra le sue divisioni davanti a tutti: la sua incapacità manifesta a trovare una posizione comune rende ancora più inaudibile la sua voce diplomatica. Le posture di collera mostrate da alcuni dirigenti, il presidente francese Hollande in testa, non riescono a mascherare l'assenza di argomenti forti. Solo la Russia ha messo in atto dall'inizio alla fine una strategia sottile e molto abile, presentandosi come una potenza attenta alle libertà ma gestendo al contempo la relazione con gli Stati Uniti proponendo un patto a Snowden : beneficiare della protezione della Russia in cambio del suo silenzio, cosa che l'americano sembra all'ora attuale avere accettato.   

Tuttavia, niente assicura che egli non abbia affidato a delle persone a lui vicine altre informazioni che saranno rivelate via via. 
Molti medias erano in attesa di un ingranaggio diplomatico, in cui si sarebbe costituito un blocco anti-americano per piegare la prima potenza mondiale. Dietro questa profonda ingenuità si nasconde una mancanza di conoscenza della realtà dello spionaggio : tutte le potenze utilizzano le stesse pratiche degli Stati Uniti, i loro risultati differiscono solo a ragione dei mezzi tecnologici e finanziari di cui dispongono. Questo spiega perchè le critiche dei dirigenti politici europei siano state cosi' misurate, a causa della paura di un effetto boomerang ancora più dannoso. 

Cio' che è interessante, è che ormai si parla dell'affare solo sotto l'angolo del suo primo protagonista, ovvero Snowden, seguendo le laboriose azioni per assicurare la sua sicurezza e non più delle rivelazioni da lui fornite. 
Possiamo sottolineare inoltre che l'immenso coraggio di cui Snowden ha dato prova è inversamente proporzionale a quello di numerosi paesi, tra cui la Francia, che non fanno altro che proclamare dei principi di libertà e di protezione delle persone, prima di cedere in un secondo tempo alla Realpolitik. 

Ci sono due insegnamenti che possiamo trarre da questo affare che volge alla sua fine : gli Stati-Uniti prendono dei grossi rischi esternalizzando le loro attività di spionaggio a dei fini economici, facendo crescere il rischio di fughe ; le altre potenze, europee principalmente, se vogliono limitare questa preponderanza di cyberspionaggio americano devono intraprendere delle vere e proprie  politiche volontariste in materia d'industrie digitali al fine di creare dei giganti capaci di rivaleggiare con Google, Microsoft...

L'aspetto ironico della storia, è che gli Stati-Uniti, che aspirano ad un internet unico tanto a livello tecnologico che in termini di contenuti (e in realtà molto americaneggiante), hanno dato delle ragioni sufficienti alle altre potenze numeriche per fare il contrario, ovvero per ripensare il loro rapporto con il cyberspazio e per molte potenze di sviluppare degli strumenti regionali, o nazionali. Lo faranno davvero e soprattutto ne avranno i mezzi in questi tempi di rigore budgetario ? Questa è un'altra storia ! 

Possiamo, per concludere, domandarci se il caso Snowden non sia alla fine dei conti un semplice epifenomeno della storia recente del cyberspazio, fatta necessariamente di passi in avanti e di fratture più o meno grandi. 

Maxime PINARD
Giorgia CASTAGNOLI (traduzione)
20 luglio 2013

Tribune publiée initialement le 22 juillet 2013 pour le CESTUDEC 
(Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis)

mercredi 17 juillet 2013

L’ONU et sa « drôle » de cyberguerre !

L’information est presque passée inaperçue. Quelques quotidiens ont repris des dépêches de Reuters et de l’AFP, mais contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, l’information n’a pas été jugée d’un intérêt majeur. Pourtant, lorsque le Secrétaire général de l’UIT (Union internationale des télécommunications) Hamadoun Touré affirme lundi dernier à Genève au cours d’une conférence que « la cyberguerre est bien déclarée » (ou que « la cyberguerre est en cours » suivant diverses traductions), cette déclaration devrait faire l’objet de commentaires, approbateurs ou pas.

Comment expliquer le silence des décideurs politiques ou des organismes en charge de la protection du cyberespace devant cette proclamation aux enjeux géostratégiques certains ? Serait-ce un déficit de visibilité du représentant de l’ONU ? C’est une piste envisageable, mais cela ne saurait être en aucun cas le motif principal.

La très probable raison de ce silence quasi général est que la déclaration du responsable de l’UIT est critiquable à plus d’un titre. Il est vrai que le terme de cyberguerre est de plus en plus employé ces derniers mois, mais est-ce à bon escient ? Le préfixe « cyber » suppose que le lieu d’affrontements se produise dans le cyberespace, plus ou moins totalement, tandis que le nom « guerre », considéré dans sa dimension militaire, implique la présence au minimum de deux protagonistes identifiés qui se livrent à plusieurs cyberattaques afin de prendre le dessus sur l’adversaire.

Or, à aujourd’hui, a-t-on déjà assisté à une cyberguerre ? La cyberattaque de 2007 contre l’Estonie ou celle contre le programme nucléaire iranien en 2010 via l’utilisation du virus Stuxnet, même si elles ont eu de puissants effets, ne sont rien d’autres que des cyberattaques ciblées à un moment « t ». Même si des soupçons laissent supposer une initiative russe dans le premier cas et une association israélo-américaine dans le second, il n’y a pas à aujourd’hui de preuve formelle de la responsabilité directe des autorités étatiques concernées. Autre question : une série de cyberattaques signifie-t-elle une cyberguerre ?

On lit souvent que « la Chine a attaqué les Etats-Unis » lors de révélations de cyberattaques. Mais que signifie « la Chine » ? Le pouvoir en place, des groupes autonomes de hackers chinois, voire une autre puissance souhaitant faire accuser la Chine ? Il est quasiment impossible de retrouver l’origine exacte d’une cyberattaque, et encore moins le responsable réel. Le cyberespace permet à ceux qui savent le maîtriser d’agir de façon quasi invisible, de brouiller les pistes à un tel niveau que les appareils législatifs étatiques ont toujours deux trains de retard !

Il y a également une confusion inquiétante concernant la notion de cyberattaque et de cyberguerre, associée malencontreusement à la cybercriminalité par le Secrétaire général Hamadoun Touré. La cybercriminalité est assurément un fléau, voire un danger existentiel pour le cyberespace qui y perd de sa stabilité et de la confiance qu’il inspire aux cybernautes, mais on peut s’interroger quant à la méthodologie employée par l’UIT pour quantifier à 110 milliards de dollars les pertes causées par les cyberattaques. Quand on sait que beaucoup d’entreprises rechignent à signaler qu’elles ont subi des cyberattaques afin de ne pas perdre leurs clients, on doit considérer avec beaucoup de précaution le chiffre annoncé, les écarts entre les estimations faites par les Etats ou les sociétés de sécurité informatique étant parfois assez troublants, voire risibles.

Le représentant de l’ONU évoque par ailleurs l’opportunité qu’ont constitué les révélations de Snowden pour mettre fin à la cyberguerre, sous-entendant qu’elle avait déjà eu lieu… Le problème est que les révélations de l’ancien agent de la CIA aujourd’hui réfugié en Russie ne font état que d’un espionnage à grande échelle, orchestré par la NSA. Rappelons au passage que toutes les puissances cybernétiques se livrent à ce genre de pratiques, en fonction de leurs capacités techniques et financières. Le représentant de l’ONU entend-il demander aux Etats de renoncer à espionner leurs ennemis et alliés ? Avec quelle autorité ?

Enfin, Hamadoun Touré souhaite une meilleure coopération entre membres de la communauté internationale afin d’arrêter les pirates informatiques. Il préconise pour cela la mise en place d’un système automatique utilisé par les Etats consentants permettant de relever les adresses IP suspectées d’être à la source des cyberattaques. Outre le risque de dérives que l’on peut aisément imaginer, force est de constater que la proposition du Secrétaire général est un peu utopiste, de nombreux Etats adoptant à escient une législation nationale peu regardante sur les activités cybernétiques des internautes, constituant ainsi des foyers prospères aux cybercriminels qui se font fi des frontières pour agir. Mais surtout, il existe aujourd’hui de nombreux outils techniques permettant de masquer son adresse IP, d’usurper celle d’un autre terminal ; le législatif sera toujours soumis à la puissance de la rapidité et de la complexité des outils numériques.

Ainsi, sur de nombreux aspects, l’approche privilégiée par l’UIT (agiter le chiffon rouge d’une menace potentiellement existante mais pour l’heure impensable sans proposer de solutions concrètes) ne permet pas de faire avancer un dossier complexe. A contrario, l’Union européenne travaille depuis plusieurs années sur ces thématiques de cybersécurité, sur la protection de l’internaute dans le cyberespace avec des idées très intéressantes, pouvant servir de modèles pour d’autres ensembles régionaux.

Il y a pourtant des menaces qui pèsent sur le cyberespace, plusieurs Etats, dont les Etats-Unis principalement, consacrant des budgets en nette augmentation à leur cyberdéfense mais aussi à leurs capacités offensives. Plus qu’une cyberguerre, c’est une « stratégie de la tension », une « cyberguerre froide » qui se fait jour. 

Tribune publiée initialement dans le Nouvel Observateur (Le Plus) le 18 juillet 2013 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/908985-l-onu-dit-que-la-cyberguerre-est-declaree-une-declaration-totalement-illusoire.html)

vendredi 12 juillet 2013

Interview 10 RTS.ch

Interview / Invité en direct sur 
"Fermez vos comptes Facebook !: appel crédible d'une ministre du Vénézuela?", 
émission Journal du matin, 12 juillet 2013 
( https://soundcloud.com/les-temps-modernes/fermez-vos-comptes-facebook)

vendredi 5 juillet 2013

Interview dans le Soir 3 de France 3 sur le système d'écoutes français

Interview le 5 juillet 2013 dans les locaux de France Télévisions sur le système d'écoutes français, 
dans le cadre des affaires d'espionnage (Snowden, NSA, Union européenne...)



mardi 2 juillet 2013

Merci PRISM… et vive Snowden !

Comme on pouvait s’y attendre, ce que certains appellent « l’affaire Snowden » n’est pas un épiphénomène, mais bien une histoire qui est en train de s’écrire, avec des protagonistes évidents, les Etats-Unis en tête, et d’autres plus discrets, mais dont les rôles sont fondamentaux, à l’image de la Russie et de la Chine. Il se pourrait même qu’il s’agisse de la plus grande révélation en matière d’espionnage de l’Histoire, tant les ramifications sont nombreuses, mondiales, et aux conséquences difficilement prévisibles.

Chacun cherche à jouer sa partition avec plus ou moins de finesse. Après avoir il faut le reconnaître fait monter les enchères via des menaces verbales disproportionnées, les Etats-Unis tentent au maximum de dédramatiser la situation, le Secrétaire d’Etat John Kerry sous-entendant que les pratiques de la NSA sont une réalité pour beaucoup d’autres puissances.

La Chine, très en pointe dès les premières révélations de Snowden en mai, a multiplié les déclarations pour montrer la duplicité du discours américain, prônant d’un côté les libertés, le respect de la vie privée, dénonçant le contrôle d’Internet de plusieurs pays, alors que dans le  même temps, elle menait un programme d’écoutes et d’espionnage à la fois aux Etats-Unis et dans le monde entier qui stupéfait de par son ampleur.

La Russie est aujourd’hui le contrepoids réel aux Etats-Unis dans ce cyberespace en pleine ébullition. Edward Snowden aurait ainsi demandé à Moscou l’asile, demande faite à une dizaine d’autres pays. Le Président Poutine, en fin diplomate, aborde cette problématique à un double niveau, assurant Snowden de sa protection car affirmant que la Russie a à cœur de protéger la liberté d’expression tout en avertissant ce dernier que s’il persiste à mener ses activités (dénoncer les techniques d’espionnage américaines), il devrait se trouver une autre terre d’accueil. Le Président Poutine donne ainsi un gage au partenaire américain, mais sans pour autant lui céder.

Les Etats-Unis sont évidemment les grands perdants dans cette histoire car l’impératif catégorique d’un bon espionnage est qu’il ne doit pas être mis à jour ! Mais une autre entité est en difficulté : il s’agit de l’Union européenne, qui selon des révélations de l’hebdomadaire Der Spiegel, a été espionnée. Aussi bien des institutions, des bureaux du Conseil ou du Parlement européens, que des pays plus généralement comme l’Italie et la France ont été mis sur écoute. La procédure, bien qu’inamicale lorsque l’on est sur le point de signer un traité de libre-échange, n’a rien de surprenant : tous les états qui en ont les moyens se livrent à cette pratique, et de plus en plus à des fins économiques, participant ainsi une guerre économique facilitée par la prépondérance des outils technologiques.

Les dirigeants européens réagissent pour l’heure en ordre dispersé, le Président François Hollande ayant été le plus virulent (mais il est peu probable que ses menaces soient réalistes), et la situation est identique au sein des instances européennes, certains commissaires portant une critique forte contre les pratiques américaines. Mais comme sur de nombreux sujets, l’Union européenne ne parle pas d’une seule voix. C’était d’autant plus prévisible qu’avec un peu de patience, on découvrira que les Etats européens se livrent à des activités d’espionnage les uns contre les autres. Cette pratique a toujours existé et n’est pas prête de s’arrêter, car elle est un instrument de souveraineté nationale. D’où une certaine surprise devant les cris d’orfraie des représentants politiques qui jouent la surenchère : sont-ils à ce point naïfs ou bien surfent-ils sur les faiblesses de l’Union européenne à assurer sa sécurité et sur un anti-américanisme potentiellement croissant ?

On commence déjà à lire des « indiscrets » dénonçant les comportements risqués de diplomates, de politiques faisant fi des mesures de sécurité informatique de bases pour protéger leurs communications. C’est une réalité qui existe depuis des années, mais c’est surtout un faux problème ! On aura beau augmenter la sécurité des échanges via l’utilisation de protocoles de communication cryptés à un haut niveau, tant que l’on dépendra d’une puissance étrangère aussi influente que les Etats-Unis au niveau des infrastructures, des outils technologiques et des logiciels, on sera à la merci des impératifs stratégiques de cette puissance.

PRISM doit créer une « crise de conscience de l’impératif de cybersécurité » au sein de l’Union européenne, qui ne doit plus être un relais du savoir-faire des autres, mais bien un créateur à même de rivaliser avec les autres puissances numériques. Le cyberespace n’est pas un monde de « bisounours », où de « gentilles » sociétés des NTIC fournissent des services gratuits sans contrepartie au monde entier.

Un certain optimisme se fait jour, du moins au niveau européen, où la puissance de PRISM et ses effets sur l’intégrité de la souveraineté de l’Europe pourraient permettre l’émergence d’une vraie puissance cybernétique européenne. L’agenda numérique 2013-2014 est particulièrement chargé concernant la stratégie à adopter au niveau du cyberespace, où le citoyen / cybernaute européen doit être protégé et avoir conscience du chemin de l’information qu’il crée.

En fin de compte, PRISM risque bien d’être l’électrochoc dont l’Union européenne a besoin pour mener à bien ses projets cybernétiques. Elle dispose des compétences pour y parvenir, et ces projets ne représentent pas des dépenses insurmontables, y compris en temps de crise, eu égard aux retombées économiques d’une telle reprise en main du cyberespace.


Seule ombre au tableau : les Etats-Unis laisseront-ils leurs géants numériques (Microsoft, Google, etc…), symboles de leur influence, perdre des parts de marché en Europe, sans réagir (et menacer…) ? Rien n’est moins sûr, mais à y regarder d’un peu plus loin, on constate qu’un seul homme a réussi à mettre en branle un outil de pouvoir à la puissance difficilement imaginable il y a encore quelques mois...