dimanche 27 octobre 2013

Interview France 24 "L'Union européenne et la NSA"

Interview en direct le 25 octobre 2013 dans le journal de 21h de France 24 
sur le champ d'action de l'Union européenne face aux révélations de Snowden 
sur l'espionnage opéré par la NSA. 



jeudi 24 octobre 2013

Merkel sur écoute, la France espionnée: l'Europe ne fait pas le poids face à la NSA

L’année 2013 aura assurément été très délicate à gérer pour les Etats-Unis et en particulier pour le Président Obama, pourtant réélu pour un second mandat à la tête de l’état le plus puissant de la planète. Il a suffi d’un homme, Edward Snowden, pour fissurer de façon plus ou moins profonde le puissant édifice de la politique extérieure américaine. Ou plutôt, si l’on regarde les choses d’un autre point de vue, le monde entier a assisté à la démonstration de la faiblesse de services de renseignement américains considérés comme parmi les plus efficaces au monde. En effet, un service de renseignement qui se fait dérober ses secrets perd de sa puissance. 

En volant des données confidentielles de la NSA, et surtout en décidant de les divulguer au monde entier via le relais de la presse (collaboration de nombreux journaux au premier rang desquels le Guardian) à des moments –stratégiques- prédéterminés (révélations juste avant la rencontre sino-américaine portant sur les questions cybernétiques), l’ancien agent de la CIA a réussi quelque chose à la fois majeur par les risques qu’il a pris (la prison l’attend s’il retourne aux USA) mais aussi quelque peu surestimé si l’on regarde dans le détail ce sur quoi cela a débouché. 

En démontrant via des preuves difficilement réfutables que la NSA, aidée par d’autres agences, espionne à une très grande échelle les communications de la planète, qu’il s’agisse de citoyens américains ou non, de présumés terroristes ou de personnalités dignes d’intérêt pour les activités économiques américaines, Snowden a révélé au grand jour ce que beaucoup (du moins ce qui s’intéressaient aux questions de renseignement) supposaient déjà. Dès les années 90, des informations circulaient quant aux capacités américaines d’écoute et d’interception des communications à l’échelle planétaire via le réseau Echelon. La grande différence justement est que Snowden a révélé le fonctionnement, avec plus ou moins de détails, des activités d’espionnage mais aussi des dérives qu’elles ont engendrées. C’est un peu comme si demain, un « lanceur d’alerte » contactait un média français pour lui fournir des informations détaillées et secrètes sur toutes les activités en cours de la DGSE à l’échelle mondiale. Nul doute que l’onde de choc politico-médiatique serait puissante et dévastatrice pour les acteurs en jeu ! 

Réfugié en Russie contre la promesse faite au Président Poutine de ne plus procéder à des révélations de document, Edward Snowden fait pourtant encore parler de lui grâce au jeu de dupe qu’il a façonné avec le Président russe. En effet, il était très probable, et les événements le montrent, que Snowden avait confié à des tiers de futurs documents à révéler une fois qu’il serait en Russie. Cela lui permet de maintenir la pression sur les Etats-Unis, mais aussi de garder une certaine valeur pour son hôte russe. 

Les dernières révélations faites par le quotidien Le Monde n’ont rien d’exceptionnelles : elles font la Une des médias pour la simple raison qu’elles concernent directement la France. Y a-t-il quelque chose de surprenant à ce que la NSA surveille Wanadoo (devenu Orange, un des principaux FAI français) et Alcatel Lucent (société française et américaine au savoir-faire reconnu dans la construction des câbles de communication sous-marins) ? Non, cela s’appelle du renseignement économique ! C’est certes condamnable d’un point de vue moral puisque la France et les Etats-Unis sont alliés, mais la réalité des relations internationales est telle que l’espionnage, et le cyberespionnage désormais, sont des activités qui font fi des notions d’alliés et d’ennemis. Ce sont des pratiques mondiales qui servent les intérêts des Etats qui les utilisent. 

D’où une certaine incompréhension devant les réactions des dirigeants politiques français qui se sont offusqués devant les médias du comportement de leur allié, sans préciser qu’ils agissent de la même façon, avec certes moins de moyens et de résultats. Les « indignations d’octobre » rappellent furieusement les « indignations de juillet », avec le même vocabulaire employé, où l’on attend un « arrêt immédiat » des activités d’espionnage tout en demandant « des réponses ». On voit bien que les mois s’écoulent sans que rien n’avance. 

La dernière « révélation » voudrait que la Chancelière Merkel ait eu des informations quant à une mise sur écoute de son téléphone portable, ce qu’a nié le Président Obama qui s’est entretenu avec elle. Cela pose d’ailleurs une question importante : quid de l’efficacité des services de renseignement européens, incapables apparemment de protéger leurs territoires d’espionnage ? En vérité, il y a comme une sorte de contrat tacite entre les puissances numériques, où le cyberespionnage est pratiqué par tous, avec des dérives c’est certain.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’annonce du Président Hollande de la mise en place d’une « coopération bilatérale » avec les USA entre les services de renseignement ; cependant, force est de constater que l’initiative, agréable sur le papier, est un écran de fumée. Les services français et américains coopèrent déjà dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et contre d’autres menaces ; le vrai problème concerne l’utilisation des capacités technologiques américaines par la NSA à des fins purement politiques et économiques via l’écoute des dirigeants politiques, des chefs d’entreprise, etc… Il est peu probable que les Etats-Unis soient des partenaires dociles sur ce sujet…

Ce qui apparaît dans cette histoire, et qui se confirme avec la réponse américaine aux révélations du Monde (pour schématiser « vous exagérez un peu mais de toute façon nous ne sommes pas les seuls à faire ça »), c’est que les Etats-Unis ont atteint un tel niveau de puissance dans le champ du cyberespace, qu’ils ne se sentent pas au final en si grand danger, malgré les révélations de Snowden. Certes, Obama a promis de repenser le cadre légal des activités de la NSA en la matière, mais il s’agira d’habillage qui n’enlève rien au cœur de l’action de l’agence. Les Etats-Unis tentent de dédramatiser auprès de leurs alliés ces révélations, mais ceci dans l’unique but d’abaisser la tension médiatique, voire diplomatique. Les menaces de rupture de négociations diplomatiques et économiques ne sont pour la plupart que des paroles. 

Le vrai problème qui est révélé au fur et à mesure, c’est que les pays européens ont laissé leur allié américain devenir LA super-puissance numérique, profitant de budgets conséquents, d’entreprises dans le secteur des NTIC toujours plus nombreuses et innovantes et de liens entre les secteurs économiques et militaires toujours plus forts. L’Union européenne a plus qu’un train de retard dans ce domaine, même si elle cherche à se mobiliser. Les cybernautes européens (mais pas seulement !) ont profité des services numériques américains (Google, Facebook, Twitter, Microsoft, etc…), aussi bien efficaces que peu onéreux, permettant à ces derniers de se démocratiser à une vitesse fulgurante. En échange de cet accès aux nouvelles technologies, les cybernautes ont pris le risque (consciemment ou pas, c’est un autre débat) d’ « ex-territorialiser » leurs informations personnelles, les cédant à des puissances qu’ils ne connaissent pas vraiment et contre qui elles ne peuvent pas se retourner. Les Etats européens sont relativement impuissants dans leur lutte contre ces puissances économiques au service du soft & hard power américain, qui se sont assurées des protections légales de haut vol. 

Le combat des Etats européens, à défaut de porter sur la dimension juridique, complexe et au résultat incertain et assurément lointain, doit être concentré sur des politiques d’innovation massives à destination d’entreprises européennes des NTIC afin de créer rapidement des géants numériques européens, à même de contrebalancer la quasi « hyper cyber puissance américaine » et d’offrir aux cybernautes un cyberespace sûr.


mardi 22 octobre 2013

Les «nouvelles» révélations de Snowden sur la NSA ou le triomphe de l'ingénuité

On pensait ne plus en entendre parler. Tout au plus quelques dépêches rappelant que le lanceur d'alertes Edward Snowden vivait désormais (et sans doute pour longtemps) en Russie et qu'il n'avait pas d'autres révélations à faire. Dans de précédents papiers sur la question, j'indiquais être très méfiant quant à cette affirmation, dans la mesure où Snowden n'a d'intérêt pour la Russie, mais surtout pour les Etats-Unis, que tant qu'il révèle les mécanismes d'écoutes à grande échelle de la NSA. J'évoquais également la possibilité que l'ancien agent américain ait donné à des personnes de confiance des documents à publier au fur et à mesure, afin d'entretenir la pression qui pèse sur les services américains. 

L'ancien journaliste du Guardian, Glenn Greenwald, remplit parfaitement sa mission : on apprend ainsi aujourd'hui que le quotidien français Le Monde travaille avec lui depuis l'été à déchiffrer de nouveaux documents. Un éditorial incitant à « combattre Big Brother », plusieurs articles censés apporter leur lot de révélations, un style davantage proche du sensationnel que du récit argumenté... et tout ça pour apprendre quoi au final ? Que les Etats-Unis ont procédé à des écoutes massives de citoyens français (les journalistes ont eu accès à des relevés allant de décembre 2012 à janvier 2013), qu'ils se sont en partie focalisés sur des acteurs stratégiques comme des hauts fonctionnaires, des politiques, des chefs d'entreprise. Est-ce moral lorsqu'on sait que les Etats-Unis et la France sont alliés ? Assurément non ! Est-ce pour autant un événement majeur, à même de créer de nouveaux enjeux géopolitiques ? En aucun cas et ce pour plusieurs raisons. 

Tout d'abord, les premières informations publiées par Le Monde, qui ne tarderont sans doute pas par être étayées par d'autres « révélations », ne nous apprennent pas grand-chose par rapport ce que l'on savait déjà suite aux révélations de cet été. Nous savions que des citoyens étrangers étaient espionnés par la NSA, et ce peu importe le pays où ils se trouvaient. Est-ce à dire que certains pensaient que la France serait sanctuarisée et que les Etats-Unis auraient fait une exception pour leur allié historique ? Soulignons quand même que si la France est espionnée, elle ne figure pas en tête de liste des priorités de la NSA ; cela se vérifie aisément avec le nombre d'informations récoltées auprès de citoyens français. 

À un autre niveau, Le Monde révèle que la NSA a manifesté un intérêt particulier pour le fournisseur d'accès à Internet Wanadoo (aujourd'hui Orange) et pour la société Alcatel-Lucent (Lucent étant le partenaire américain du français Alcatel). Doit-on être surpris qu'un service étranger s'intéresse à un des principaux fournisseur d'accès Internet (FAI) français et à une entreprise stratégique à plus d'un titre, puisqu'elle a un savoir-faire reconnu en matière de routeurs et de poses de câbles sous-marins, nécessaires pour la communication numérique entre deux continents ? Rappelons-nous que dès cet été, on découvrait que les États-Unis avaient une philosophie de l'acquisition du renseignement assez simple, à défaut d'être forcément efficace : collecter le maximum d'informations pour ne pas en louper une, quitte à prendre le risque de perdre du temps par la suite dans la sélection et l'analyse, grâce à des techniques permettant d'enregistrer directement depuis les câbles sous-marins des contenus numériques.

Cet événement médiatique, construit de toutes pièces, permet aux dirigeants politiques de pouvoir changer de sujet lorsqu'ils sont en difficulté et de s'exprimer sur un thème qui semble fédérateur : la protection des informations et de la vie privée des citoyens. C'est ainsi que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a convoqué l'ambassadeur américain, que le premier ministre Jean-Marc Ayrault s'est dit « profondément choqué » et qu'il attend des « réponses claires ». Inutile de préciser que ces déclarations, aussi exagérées qu'inutiles vont se multiplier dans les prochains jours. Or, à moins d'avoir une mémoire qui s'effacerait chaque mois, on se souvient que cet été, les responsables politiques avaient déjà demandé des réponses à leurs homologues américains, ces derniers jouant une carte classique et efficace, gagnant du temps et se cantonnant à affirmer qu'ils agissaient en toute légalité et qu'il en allait de la sécurité des États-Unis. Autant dire que depuis trois mois, rien n'a avancé sur ce dossier !

Si l'on suit la logique des événements, telle qu'elle est énoncée par les médias, les citoyens français devraient se sentir en insécurité, puisque leurs dirigeants politiques laissent à penser qu'ils ignoraient tout de ces pratiques qui existent pourtant depuis plusieurs années, suggérant par la même occasion que les services de renseignement et de sécurité français seraient à la fois inefficaces et aveugles. 

En vérité, la pratique de la NSA, bien que condamnable sur de nombreux aspects, n'est pas quelque chose d'unique. Le cyberespionnage est une réalité mondiale, les puissances pénétrant le cyberespace pour améliorer leurs capacités de renseignement puisque c'est dans ce nouvel ensemble que les citoyens du monde communiquent de plus en plus. Si demain, nous nous mettions à échanger via des pigeons voyageurs, nul doute que les services de renseignement déploieraient de nouveaux trésors d'ingéniosité pour espionner de nouveau ! 

Les déclarations politiques peuvent être virulentes, afin de satisfaire l'opinion, mais elles ne sauraient masquer le phénomène de cyberespionnage qui profite à de nombreux pays, dont la France qui a des capacités d'écoute dans le monde assez importantes. Certes, les États-Unis surpassent largement les autres puissances de par leurs moyens financiers et technologiques, mais il serait naïf de penser qu'ils sont les seuls à agir de la sorte. 

En guise de conclusions, trois remarques et espoirs :
- Les Etats-Unis ont des services de renseignement performants, mais aussi perfectibles, eu égard à toutes ces révélations qui ne peuvent que les affaiblir. 
- Cette médiatisation du cyberespionnage doit conduire à des initiatives politiques, économiques et législatives fortes dans chaque Etat afin de garantir aux citoyens un accès sûr au cyberespace.
- Enfin, la qualité des powerpoints de la NSA laisse clairement à désirer ; sans doute devrait-on organiser quelques sessions de formation pour aider les agents à présenter correctement leur système d'écoute !

Tribune publiée initialement pour le Huffington Post Québec le 22 octobre 2013 (http://quebec.huffingtonpost.ca/maxime-pinard/nouvelles-revelations-snowden_b_4136185.html?just_reloaded=1#!)

mardi 15 octobre 2013

La "Balkanisation du Web", un enjeu géostratégique majeur

Publication d'une analyse sur "La "Balkanisation du Web", un enjeu géostratégique majeur

dans le numéro d'octobre 2013 de l'Observatoire géostratégique de l'information intitulé 

"Zones d'ombre dans le cyberespace", 

sous la direction de François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'IRIS.


vendredi 4 octobre 2013

Twitter, un outil diplomatique et géopolitique au service de l’Iran ?

Depuis quelques jours, les analyses se multiplient pour essayer d’interpréter la portée de l’échange entre le Président Obama et le président iranien Hassan Rohani. S’agit-il d’une posture du nouveau représentant de l’Iran, afin de gagner du temps concernant son programme nucléaire (dont on ne sait que peu de choses précises soit dit en passant) ? Certains le pensent et peuvent être confortés dans leur opinion par les récentes révélations du Washington Post concernant une cyber attaque (de grande ampleur selon les premiers indices fournis) de hackers iraniens contre des sites de la Navy. 

D’autres en revanche croient en une possible et positive évolution du régime iranien, suite au départ de Mahmoud Ahmadinejad qui, par ses nombreuses provocations (il est vrai que les Occidentaux n’ont pas vraiment œuvré à un rapprochement avec l’Iran également), avait mis le pays dans une position très inconfortable, avec un risque d’insécurité régionale accru. 

En effet, le nouveau président semble adopter, aussi bien sur le fond que sur la forme, une attitude plus en phase avec un dialogue d’ouverture et d’intensification des relations diplomatiques. Bien que l’échange Obama / Rohani n’ait abouti à rien de concret pour l’instant, force est de constater que c’est une première étape importante, qui laisse entrevoir un renouveau des relations américano-iraniennes, même s’il ne faut négliger pour autant les ultra-conservateurs iraniens ainsi que le gouvernement israélien, qui prend un malin plaisir à mettre en garde de façon un peu trop appuyée contre un possible double-discours de Rohani. 

Il y a un angle d’analyse assez intéressant qui laisse suggérer une évolution du régime : la géopolitique d’Internet. Dans de précédents papiers, je m’étais intéressé aux mesures prises par Téhéran pour « museler » l’internet iranien, qui s’apparente à certains égards à un immense intranet, tant les cybernautes iraniens ont accès à peu de services. En effet, les réseaux sociaux sont globalement inaccessibles, une véritable cyber surveillance existe, ciblant les opposants au régime qui profitent de la Toile pour faire entendre leur combat dans le monde entier. Toutefois, le régime est également conscient qu’il ne peut indéfiniment censurer le contenu d’Internet, les cybernautes utilisant des moyens technologiques parallèles pour passer outre les barrières numériques érigées par Téhéran. 

Dans cette perspective, le président Rohani a franchi une étape symbolique, mais à la dimension politique certaine, en communiquant sur Twitter avec le compte « @HassanRouhani ». Il a ainsi annoncé son entretien avec le Président Obama avant la conférence de presse de ce dernier. De la même façon qu’il a échangé plusieurs tweets (en anglais !) avec le fondateur de Twitter, Jack Dorsey, qui l’apostrophait gentiment quant à la possibilité pour les cybernautes iraniens de lire les tweets de leur dirigeant. Le Président Rohani a affirmé vouloir que son peuple puisse avoir accès à l’information globale, ce qui, si c’est vraiment la stratégie suivie, constituerait une véritable révolution !

Il n’est pas le seul à s’être lancé sur le site américain de micro-blogging : son ministre des affaires étrangères, Javad Zarif, a publié quelques tweets (une vingtaine pour l’instant contre plusieurs milliers pour Rohani, sans nul doute aidé par des « petites mains numériques ») dont un souhaitant « Roch Hachana » le 5 septembre dernier !

Quels enseignements peut-on tirer de cette « ouverture cybernétique » de membres du pouvoir iranien, qui peut dans une certaine mesure être contrebalancée par la présidence iranienne elle-même qui a réfuté le caractère officiel du compte « @HassanRouhani » ?  

1. Il est surprenant, dans une période post-Snowden, de voir des responsables iraniens utiliser des services numériques américains, dans un contexte d’affrontements cybernétiques certains (on se souvient de l’affaire Stuxnet, mais aussi de l’appui logistique américain à des dissidents iraniens pour communiquer). 

2. Il est encore plus étrange de voir ces deux adeptes de Twitter communiquer en anglais, ce qui peut laisser penser à première vue que leurs messages s’adressent avant tout à l’Occident plutôt qu’à leur propre population. 

3. Cette initiative peut être perçue également comme une volonté du nouveau président de dialoguer avec l’extérieur mais aussi de montrer à une jeunesse iranienne qui se sent incomprise de ses dirigeants qu’il adopte les mêmes outils de communication qu’elle. 

Par ailleurs, d’un point de vue plus général, il est fascinant de constater à quel point les technologies de l’information et de la communication façonnent la stratégie de communication des dirigeants du monde qui, en dépit de leurs différences, se retrouvent à utiliser les mêmes services internet. De plus en plus, on assiste à des compte-rendus de sommets ministériels en temps réel, les acteurs politiques prenant parfois le risque de ne pas respecter les règles élémentaires de la vie diplomatique. 

Or, comme l’a rappelé l’affaire Snowden, l’information n’est pas toujours la propriété de celui qui la crée : elle peut être dupliquée, détournée, surveillée. Des outils comme Twitter permettent aux chancelleries ou aux représentants politiques des Etats d’établir une communication plus « directe » avec le cybernaute / citoyen, mais à quel prix ? En désacralisant la parole publique, en laissant penser que des événements complexes peuvent être résumés en 140 signes et ce de façon instantanée ?

La présence numérique iranienne dans le cyberespace, telle qu’elle se manifeste depuis quelques jours, est en tout cas une nouvelle intéressante, sans doute bonne d’ailleurs, mais il faudra voir sur plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’être sûr de l’évolution du cyberespace iranien. 




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