lundi 24 mars 2014

Interview France 24 "La censure de Twitter en Turquie"

Interview en direct le 21 mars 2014 dans le journal de 20h30 de France 24 
sur la censure de Twitter en Turquie par le Premier ministre Recep Erdogan.

LIEN


mardi 18 mars 2014

La menace nouvelle des groupes informels pour la sécurité des entreprises (Veille Mag)

Participation au numéro 139 septembre / octobre 2013 de Veille Mag, 
le magazine professionnel de l'intelligence économique et du management de la connaissance, 
portant sur l'entreprise face au risque de déstabilisation.

Rédaction d'un article sur "la menace nouvelle des groupes informels pour la sécurité des entreprises".  

INTERVIEW CROISÉE Les Américains lâchent le volant de la gouvernance d'Internet... mais qui va le reprendre et avec quels risques ?

Les Etats-Unis vont vers un retrait de la gouvernance Internet, après l'annonce du 14 mars dernier. Un changement sans précédent.

Atlantico : Le 14 mars, les USA annonçaient le début d'un processus de transition, concernant la gouvernance internet. Ce qui avait toujours été Américain devrait se diriger vers un modèle multi-acteur. Les Etats-Unis sont-ils en train de lâcher du lest ? Dans quelle mesure ?

Maxime Pinard : Il est encore trop tôt pour dire que les Etats-Unis ont véritablement « lâché du lest » ; nous n’avons pour l’instant qu’une déclaration du Département du commerce mais il est clair que l’on se dirige vers un désengagement américain progressif de l’ICANN qui, il est vrai, avait jusqu’à présent un statut un peu particulier. Sans remettre en cause la qualité des membres de l’ICANN, il convient de rappeler que cet organisme dépend jusqu’à présent du droit américain, alors que ses prérogatives ont des conséquences pour l’ensemble des internautes. De plus, l’histoire de l’ICANN (16 ans) témoigne d’une influence américaine certaine dans les choix stratégiques adoptés, même si ces dernières années, l’organisme a fait preuve de courage en entendant les revendications des autres puissances numériques (Russie, Chine avec des noms de domaines dans des alphabets non latins…). Les Etats-Unis sont donc depuis plusieurs années revenus sur leur inflexibilité, même si je ne crois pas à un réel désengagement américain. Le poids des Etats-Unis dans le cyberespace est tel (niveaux stratégique, économique, culturel…) qu’ils demeurent incontournables.

David Fayon : Il s’agit d’une annonce de la National Telecommunications & Information Administration (voir ici) relativement à un changement de gouvernance pour la gestion du DNS. Actuellement ce rôle est joué par l’ICANN (Internet Corporation for Names and Numbers), association à but non lucratif qui dépend du Département du Commerce américain. Et cette gestion du DNS pour les noms de domaine Internet (qui concerne tous les sites de type .com, .fr, etc.) va être privatisée. En revanche ce n’est pas parce que les Etats-Unis lâchent du lest qu’ils vont pour autant se désengager d’Internet. Ils souhaitent tenir compte de la pression internationale et en particulier du fait que les internautes américains sont minoritaires depuis maintenant plusieurs années et que le risque d’un éclatement du réseau en Intranet locaux est possible (déjà amorcé en Chine et en Russie qui jouent un double jeu avec un réseau national – possible du fait de l’immensité de leur territoire et permet un contrôle des populations plus facile – et présence sur Internet pour le commerce international, risque potentiel au Brésil). Il est d’autant plus tactique d’un point de vue calendaire que cette annonce surprise arrive peu avant le 48e meeting de l’ICANN à Sao Paulo les 23 et 24 avril et que celle-ci coupe d’une certaine façon l’herbe sous le pied des détracteurs des Américains.


Quel pourrait-être le premier candidat à cette nouvelle gouvernance ? Qui pourrait être tenté d'en profiter ?

Maxime Pinard : Logiquement, l’ONU, au travers de l’IUT, devrait proposer ses services. Elle en a les compétences ainsi que la légitimité, étant la structure rassemblant le plus grand nombre d’Etats agissant dans le cyberespace. Néanmoins, la partie s’annonce compliquée, les Etats-Unis ayant à plusieurs reprises par le passé refusé cette piste, prétextant que des pays non-démocratiques auraient leur mot à dire dans le développement de cet nouvel ICANN. Cependant, on ne peut souhaiter un organisme qui sélectionnerait ses membres sur leur seul caractère démocratique. Qui serait compétent pour juger ainsi ?

Il semble plausible que des puissances comme la Russie, la Chine, le Brésil et l’Union européenne (si elle parle d’une seule voix forte) vont chercher à redéfinir les contours de l’ICANN, en mettant des garde-fous contre la toute-puissance numérique américaine. Mais d’un autre côté, il est clair que tous devront s’entendre, c’est-à-dire faire des compromis, sans quoi Internet deviendrait ingérable.

David Fayon : Cette privatisation du DNS va permettre un transfert au secteur privé avec non pas un mais une kyrielle d’acteurs et du coup la création d’une instance mondiale comprenant les Etats et la société civile comme envisagée par les pro-onusiens n’est pas possible. Globalement, le contrôle sera assuré par des parties prenantes d’Internet contrôlées indirectement ou directement par les Etats-Unis avec les majors du net, les GAFA au premier rang. Il s’agit pour les Etats-Unis de trouver un moyen de garder le contrôle du réseau qui est stratégique pour l’économie et la société tout en ayant un affichage différent et en rebondissant après les révélations des écoutes sur Internet avec l’affaire Snowden en juin 2013 qui a eu un effet déclencheur auprès de la population. Nous avons eu un avant et un après Swoden. Avant, peu de personnes mesuraient l’importance stratégique de la gouvernance d’Internet pour la société et l’économie.


Quelles conséquences peut-on prévoir à ce changement, y compris concrètement pour l'internaute ? De quelles améliorations est-il potentiellement porteur ?

Maxime Pinard : On peut légitimement penser que la nouvelle entité, si elle a les outils juridiques adéquats et les moyens financiers suffisants, aura à cœur de développer de nouveaux mécanismes pour sécuriser davantage Internet et de répondre plus rapidement aux demandes d’entreprises (nouveaux noms de domaine par exemple). Pour l’internaute, il est peu vraisemblable qu’il observe des changements dans un premier temps : sa connexion internet sera la même. Seulement, il aura au fur et à mesure un accès encore plus poussé aux services web, les entreprises du Net cherchant avant tout à individualiser leurs outils pour mieux cibler l’internaute / consommateur.

David Fayon : Concrètement, rien ne va changer pour l’internaute qui utilisera toujours des services gratuits avec en l’échange une utilisation de ses données à des fins de ciblage marketing. L’ère de big data va battre son plein. En outre l’internaute ou l’entreprise sera toujours locataire d’un nom de domaine.


Et de quels risques ?

Maxime Pinard : Les risques sont nombreux si les désaccords politiques ne sont pas résolus. On ne peut négliger l’hypothèse des Etats-Unis cherchant à laisser la situation s’enliser, rappelant ainsi à tous que l’ancienne gouvernance était plus stable et plus sûre. De la même façon, des puissances numériques comme la Chine ou la Russie pourraient être tentées de faire cavalier seul si leurs demandes n’étaient pas prises en compte avec une balkanisation du web au final. En fin de compte, c’est l’internaute qui serait perdant car il pourrait voir son accès au cyberespace contrôlé au niveau national, sans pouvoir en référer à une instance supérieure. Enfin, il conviendra d’analyser lors des futurs réunions de l’ICANN le rôle précis et le poids politico-stratégique des géants du Net (américains dans leur écrasante majorité), en espérant ne pas retrouver avec un Internet contrôlé par le seul pouvoir économique. Ce serait la fin de l’idée même d’Internet tel que pensé à l’origine.

David Fayon : En reprenant les scénarios qui figurent dans les résultats du projet européen Towards a Future Internet, dont le rapport final a été publié le 22 novembre 2010, on risque plus de s’orienter vers un scénario du "big brother commercial" par quelques géants du Web plutôt qu’un pouvoir aux internautes ou par les Etats eux-mêmes.

Alors même que le pouvoir est dans l’architecture même du réseau situé en bout de chaîne, ce qui a favorisé jusqu’alors l’innovation, il devrait être moins facile à terme pour des simples internautes ou entrepreneurs d’être des David terrassant des puissants Goliath numériques.


Qu'est-ce qui a pu motiver ce retrait américain ? Doit-on vraiment y voir une bonté généreuse ? Quels intérêts les Etats-Unis y trouvent-ils ?

Maxime Pinard : Contrairement à ce qu’on peut lire, je ne suis pas convaincu que ce soient les révélations de Snowden qui aient provoqué cette décision. Les Etats-Unis de façon générale au niveau géopolitique cherchent à ne plus être les seuls "gendarmes du monde". Ils invitent les autres puissances à prendre leur part de responsabilité, conscients que s’ils font tout tous seuls, ils prennent de grands risques d’être critiqués par la suite.

C’est également un moyen de s’assurer qu’il n’y aura pas une dislocation d’Internet. En acceptant de renoncer (même si on peut en douter sur le fond, mais la forme compte dans le cas présent) à un contrôle aussi fort de l’ICANN, les Etats-Unis cherchent à ramener à la table des négociations et des décisions des puissances qui seraient tentées de créer des Internet alternatifs. La Chine et la Russie en ont les moyens par exemple. Une telle hypothèse aurait des conséquences sur l’économie numérique mondiale à la fois incertaines et potentiellement catastrophiques pour les géants américains qui doivent être contents de l’initiative du Département du commerce. Cela leur évite une image "d’empire numérique", absolument néfaste pour acquérir de nouveaux marchés.

David Fayon : Tout est calculé avec en toile de fond l’importance des lobbying et des lawyers américains au cas où certaines décisions quant à l’avenir d’Internet soient contraintes aux intérêts stratégiques américains, ce qui est tout à fait compréhensible. Ce qui est donné d’une main et repris de l’autre à travers une complexité de l’organisation de la gouvernance d’Internet (ICANN, solution alternative à la fin de la fonction IANA fin septembre 2015, IETF, etc.) à l’image des organigrammes des entreprises avec des filiales et des prises de participation dans tous les sens.

Propos recueillis par Vincent Nahan

lundi 17 mars 2014

Les Etats-Unis renoncent à la gouvernance d'Internet : pourquoi il faut rester prudent

On n’en est qu’au milieu de l’histoire, mais il semble bien qu’un tournant soit en train de s’opérer, et ce à la surprise générale. Les Etats-Unis, par la voix du département du commerce, ont annoncé vendredi dans un communiqué vouloir repenser leur rôle au sein de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers).

Cet organisme, créé en 1998, gère le système de nommage qui permet de faire correspondre des noms de domaine (.com, .org, etc…) avec les adresses IP des serveurs hébergeant des sites internet. C’est une structure fondamentale dans le bon fonctionnement d’Internet, qui a une dimension technique évidente, mais également une dimension politique et géopolitique grandissante, comme le rappellent fréquemment les États critiquant son mode de fonctionnement.

L'ICANN avait souvent traîné des pieds 

En effet, cet organisme est sous une très étroite influence américaine depuis sa création, de par le choix de ses membres et des politiques menées jusqu’à il y a peu, où les demandes d’autres puissances, chinoise, indienne ou russe étaient refusées ou ont fait le choix d’âpres joutes politiques.

On pensera notamment à la possibilité offerte en mai 2010 d’avoir des noms de domaine dans un alphabet non latin, ce qui privait jusqu’alors la Chine, la Russie et les pays arabes d’une utilisation complète des services internet.

Sous prétexte de contraintes techniques, les Etats-Unis à travers l’ICANN avaient traîné des pieds pour adopter ce dispositif qui, dans une certaine mesure, rappelait déjà qu’Internet ne saurait reposer sur le seul modèle occidental (et américain surtout) et qu’il devrait prendre en compte les spécificités des puissances numériques.

Une redistribution des cartes est en marche 

L’annonce de vendredi est donc un pas supplémentaire vers une redéfinition des cartes des puissances d’Internet.

En acceptant d’abandonner leur rôle central dans l’attribution des noms de domaine, les Etats-Unis cherchent peut-être à se donner une meilleure image dans le domaine numérique, suite aux révélations de Snowden qui ont fait prendre conscience de la superpuissance numérique que sont les Etats-Unis, mais surtout de l’absence de limite de ces derniers dans le contrôle d’Internet. Comme un effet d’écho, ils ont involontairement rappelé le caractère à la fois politique et stratégique du cyberespace.

Néanmoins, tout en soulignant l’espoir que suscite cette nouvelle, dont se sont félicités de nombreux responsables, au premier duquel le directeur de l’ICANN Fadi Chehade, il convient de faire preuve de l’extrême prudence face à ce tournant historique qui pourrait bien n’être qu’une stratégie des Etats-Unis afin de gagner du temps.

Pourquoi il faut rester vigilant 

En effet, notons tout d’abord que le communiqué est extrêmement flou dans sa formulation. Il est question de réunir les "acteurs" d’Internet : s’agira-t-il seulement des États et des entreprises, ou bien la société civile sera-t-elle écoutée ? Avec une concentration des géants du Web sur son territoire, les Etats-Unis ne risquent-ils pas d’être toujours les maîtres du jeu ?

De plus, le texte parle de "gouvernance globale d’Internet", de "transition", mais aucune information ou piste n’a été donnée quant aux contours juridiques que devrait avoir cette nouvelle organisation. La logique voudrait que ce soit l’Union internationale des télécommunications (UIT) – l’agence des Nations unies spécialisée dans les TIC – qui récupère les prérogatives de l’ICANN. Forte de son histoire (c’est la plus ancienne organisation intergouvernementale technique) et du nombre de membres qui la composent (193 États membres), elle répond en théorie aux critères.

Mais les Etats-Unis se sont toujours opposés à cette idée (on se souvient de l’échec en 2012 du Sommet de Dubaï à ce sujet), prétextant ne pas vouloir que des États non démocratiques et peu respectueux de la liberté sur Internet aient leur mot à dire dans le processus décisionnel. On peut penser qu’ils restent sur la même ligne, conscients du caractère conflictuel croissant du cyberespace. Mais leur position sera difficilement tenable sur le long terme, eu égard aux dérives auxquelles ils se sont livrés et se livrent encore.

Une évolution à double tranchant 

Rien n’est donc figé dans la redéfinition de l’ICANN. L’"ICANN 2.0" peut devenir l’instrument international indépendant qu’il aurait dû être dès sa création, œuvrant dans le cadre de l’ONU. Mais sa tâche sera à coup sûr ardue, avec un impératif d’autorité et d’efficacité pour se faire entendre des puissances numériques qui, pour certaines d’entre elles, ne seraient pas contre gérer leur propre ICANN, avec le risque de remettre en cause le sens même d’Internet et de participer toujours un peu plus à la balkanisation du Web.

Il ne s’agit pas d’un simple débat technique. Il est question de la consolidation d’Internet dans un cyberespace mouvant, où les droits des internautes peuvent être bafoués à grande échelle.

La France a une position ambiguë sur la question, avec un organisme comme l’AFNIC très au fait du sujet et conscient des dérives du pouvoir américain, mais également avec un pouvoir politique assez frileux qui reste pour l’instant inaudible. L’Europe semble pour une fois en avance sur les États-Unis sur ce sujet, mais elle est impuissante si ces derniers se s’associent pas et ne se mettent pas d’accord. Le Parlement peut multiplier les recommandations et rapports, sa marge de manœuvre reste étroite.

Ne pas raisonner en "gagnants / perdants" 

Le processus s’annonce compliqué, et nul doute que les Etats-Unis ne feront rien pour le simplifier, afin de rappeler leur rôle "positif" de stabilité jusqu’à présent, mais tous ont intérêt à se mettre d’accord sur un mode de gouvernance démocratique, stable : les États, car il y aura un rééquilibrage des influences, et les entreprises, car de nouveaux marchés seront ouverts avec l’essor de nouveaux noms de domaine.

Les prochaines réunions de l’ICANN seront intéressantes à observer pour voir quel type de gouvernance d’Internet (rappelons que sans les serveurs DNS racines, Internet ne fonctionne plus) se profile à l’horizon.

Il ne faudra pas penser en "gagnants / perdants" pour les Etats, mais veiller avant tout à ce qu’un ICANN fort, indépendant et évolutif voit le jour. 


jeudi 6 mars 2014

Le plan de Zuckerberg pour convertir le prochain milliard d'utilisateurs d'internet à Facebook (ITW Atlantico)

1-Le patron du réseau social envisage de racheter un spécialiste des drones, a affirmé mardi le site spécialisé TechCrunch. Pour transformer ces robots volants en satellites miniatures et ainsi connecter les pays émergents à Internet. Et à Facebook, bien entendu. Jusqu’où va aller Mark Zuckerberg ? 

Le fondateur de Facebook part d'un constat à la fois simple et délicat pour le géant des réseaux sociaux: sa croissance est en perte de vitesse, il a perdu en attractivité et ne séduit plus sur ses marchés historiques, américain et européen principalement. Mark Zuckerberg cherche donc d'autres moyens d'attirer de nouveaux utilisateurs, issus désormais de pays où les conditions d'accès à Internet ne sont pas aussi optimales qu'en Europe ou qu'aux Etats-Unis. Il lance ainsi des initiatives pour pallier les défaillances et retards technologiques des pays visés (continents africain, sud-américain, asiatique) avec des projets de mini-satellites ou de ballons atmosphériques embarquant des relais wifi par exemple. Le succès de Facebook ne peut se mesurer que sur la durée: Internet regorge de géants éphémères du Web et Mark Zuckerberg veut éviter une telle fin à sa société, d'où ses actions tous-azimut dans les sociétés technologiques. 


2-Connecter la population des pays émergents à Facebook, est-ce vraiment la priorité de l’accès au numérique ? Ont-ils vraiment un intérêt à être connecté ?

C'est une vraie question! Le dogme de la connectivité, tel qu'il est présenté en Occident, tend à forcer chacun à développer sa vie dans le cyberespace, avec les risques que l'on connaît (perte de son identité numérique, vulnérabilité accrue avec des cybercriminels difficilement retrouvables, dépendance à l'égard d'Internet, accentuation du phénomène de consumérisme...). Pour autant, il y a aussi des aspects positifs dans l'accès au numérique qu'il ne faut pas négliger: que ce soit pour des questions de santé (avertir rapidement d'un début d'épidémie), de gestion de crise (localiser rapidement des populations fragilisées lors de catastrophes naturelles) ou économiques (permettre à des travailleurs éloignés des centres d'information d'avoir les éléments de compréhension suffisants pour optimiser leur travail), le numérique peut être un plus pour le développement de régions, voire de pays, à condition que ce processus soit fait dans le respect des droits de chacun et qu'il ne soit pas le résultat de la seule volonté d'une multinationale des NTIC. 


3-Développer un accès internet gratuit depuis des téléphones portables low-cost pour les pays émergents (1 milliards de $ investi par Facebook pour connecter 2 à 3 milliards de personnes d’ici à 10 ans). C’est le nouveau grand projet de Marck Zuckerberg qu’il a présenté au « Mobile World Congress 2014 ». Est-il le visionnaire qui va connecter toute la planète ou un très bon communicant ?

Je pense que Mark Zuckerberg n'est pas qu'un bon communiquant. Il y a de la sincérité dans sa démarche, même si l'argument financier n'est évidemment pas à oublier. Il cherche à faire passer sa plateforme Facebook de "service d'ordinateur" à "service de téléphone", conscient de la formidable croissance des smartphones qui sont des outils fantastiques pour augmenter la facilité d'achat chez l'utilisateur. L'objectif est simple: à terme, lorsqu'on allumera son téléphone, on devra passer par une interface Facebook avec toutes nos informations qui seront utilisées à des fins commerciales. Cependant, on peut remarquer que les premières tentatives en Occident ont reçu un accueil assez froid et surtout, les opérateurs téléphoniques ne semblent pas particulièrement disposés à baisser les forfaits de connexion aux utilisateurs. C'est une guerre qui sévit depuis plusieurs années entre les FAI et les fournisseurs de contenu, ces derniers utilisant toujours plus de bande passante, obligeant les premiers à des investissements faramineux pour tenir la cadence. Le jeu se trouble en tout cas avec des FAI qui se veulent aussi fournisseurs de contenu et inversement. 


4-Avec ce projet, tout le monde pourra avoir accès à un internet simplifié essentiellement réduit à du texte, tout ça à un prix accessible ou gratuit. Facebook n’aura pas d’intérêt direct. Quels seront les bénéfices pour la firme à long terme ?

Même si Facebook a reconnu qu'avec un tel projet, il y aurait plusieurs années de pertes réelles, les bénéfices peuvent être colossaux, En devenant un FAI et un fournisseur de contenus, Facebook contrôlerait des pans du cyberespace entier, avec des utilisateurs que l'on forcerait à privilégier telle ou telle plate-forme. Le risque de monopole ne serait d'ailleurs pas à écarter et il est clair que si cette initiative, louable par certains aspects, était un succès, cela poserait de sérieuses questions quant au poids géopolitique d'une telle société, qui connaîtrait la vie de près de la moitié de la population mondiale...Elle pourrait servir les intérêts d'Etats, au premier rang desquels les USA, et deviendrait une machine publicitaire sans équivalent avec des retombées financières difficilement envisageables. Néanmoins, rappelons que l'histoire d'Internet va à une vitesse très rapide et qu'un géant comme Facebook aujourd'hui pourrait très bien se retrouver avec des concurrents plus importants demain. L'objectif est, rappelons-le si besoin, non pas philanthropique, mais bien économique et financier. 

Interview réalisée le 5 mars 2014 avec Marie Deghetto d'Atlantico, disponible à cette adresse (http://www.atlantico.fr/decryptage/plan-zuckerberg-pour-convertir-prochain-milliard-utilisateurs-internet-facebook-maxime-pinard-1001787.html?page=0,0)